Mieux_comprendre_le_tantra

Le tantra selon Bouddha

Le plus élevé des buts que les êtres humains peuvent atteindre est l’illumination complète, le stade ultime de paix dans lequel toutes les obstructions de notre esprit ont été éliminés et toutes les qualités telles que la sagesse, la compassion et les moyens habiles ont été pleinement développées. Cependant nous ne pouvons pas atteindre ce but ultime en nous contentant simplement de l’attendre : nous devons utiliser les méthodes appropriées pour y parvenir.

Quelles sont les méthodes pour atteindre la paix de la pleine illumination ? Ce sont les voies du soutra et celles du mantra secret ou tantra ; il n’y a pas de troisième méthode. Parmi ces deux, les techniques révélées dans le mantra secret sont supérieures à celles révélées dans les soutras.

Le mantra secret est non seulement la voie suprême vers la pleine illumination, mais il est aussi extrêmement rare. Comme l’a dit Djé Tsongkhapa, les enseignements du mantra secret sont même plus rares que les bouddhas parce que, bien qu’un millier de bouddhas apparaîtront pendant cet éon fortuné, seul le quatrième (Bouddha Shakyamouni), le onzième, et le dernier enseigneront le mantra secret.

Nous avons aujourd’hui la grande opportunité de pratiquer ces enseignements rares et bénéfiques, aussi il est important que nous développions la ferme intention de les pratiquer avec pureté. Si les enseignements mahayanas devaient disparaître de ce monde, nous n’aurions plus l’opportunité de devenir un bouddha. Par conséquent tant que nous avons encore accès à ces précieux enseignements, nous devrions nous y appliquer de façon assidue et essayer d’en acquérir une certaine expérience.

La méthode du mantra secret

L’étymologie du terme tantra ou mantra secret est la suivante. Secret indique que ces méthodes devraient être pratiquées discrètement. Si nous pratiquons devant les autres, nous attirerons de multiples obstacles et forces négatives. Nous serions comme une personne parlant ouvertement et imprudemment d’un bijou précieux en sa possession, attirant ainsi l’attention des voleurs. Mantra signifie « protection de l’esprit ». La fonction du mantra secret est de nous permettre d’avancer rapidement sur les étapes de la voie spirituelle en protégeant notre esprit des apparences ordinaires et des conceptions ordinaires.

En général, le bouddhisme enseigne que l’attachement désirant est une perturbation mentale qui doit être évitée, et finalement abandonnée, mais dans le mantra secret il y a une méthode pour transformer l’attachement en la voie.

Cependant pour pratiquer cette méthode, nous devons être très habiles. Dans ces pratiques, nous utilisons l’attachement pour générer une grande félicité et ensuite utiliser cet esprit de grande félicité pour méditer sur la vacuité, la vraie nature des choses. Ce n’est une transformation de l’attachement que si nous l’utilisons pour méditer sur la vacuité.

L’attachement lui-même ne peut pas être utilisé en tant que voie, parce que c’est une perturbation mentale et, même dans le mantra secret, il doit être finalement abandonné. Dans la pratique authentique du mantra secret, la félicité générée grâce à l’attachement est utilisée pour méditer sur la vacuité et ainsi surmonter toutes les perturbations mentales y compris l’attachement lui-même.

Prenons une analogie : le feu est produit en frottant deux morceaux de bois mais à la fin il consume le bois dont il est issu. De la même manière, la félicité se produit à partir de l’attachement, mais cette félicité détruit l’attachement, une fois unie à la vacuité. Pour ceux qui sont malhabiles, ou dont les esprits ne sont pas entraînés, de telles pratiques de transformation sont impossibles. Pour cette raison, les yogis et les grands méditants du passé ont dit que pour atteindre les réalisations du mantra secret, notre esprit doit d’abord être contrôlé par l’entraînement aux étapes de la voie du soutra. Sans construire cette fondation solide, il n’y a aucun moyen d’atteindre une expérience pure du mantra secret.

Les terres et les voies tantriquesGuéshé Kelsang Gyatso

Une longue lignée de maîtres

Par conséquent, il est très important que le guide spirituel, autant que le disciple, ait un esprit contrôlé et une motivation impeccable. Même si nous nous considérons bouddhistes et prenons refuge dans les trois joyaux tous les jours, ces qualifications seules ne sont pas suffisantes pour la pratique du mantra secret.

Il faut noter que la grande félicité spontanée de l’étape d’accomplissement du mantra secret n’a rien en commun avec le plaisir ordinaire éprouvé lors de l’étreinte sexuelle. La grande félicité spontanée est expérimentée uniquement lorsque, par la force de la méditation, nous amenons les vents à entrer, demeurer et se dissoudre à l’intérieur du canal central et, qu’en résultat, les gouttes blanches se mélangent et coulent dans le canal central.

Utiliser la grande félicité spontanée pour réaliser la vacuité était la pratique essentielle du cœur des grands maîtres du mantra secret de l’Inde ancienne, tels que Saraha, Nagardjouna, Tilopa, Naropa et Maitripa, et des grands maîtres tibétains, comme Marpa, Milarépa, Gampopa et Djé Tsongkhapa. Dans le passé, et encore aujourd’hui, la voie suprême de la parfaite illumination pour le méditant du mantra secret est l’union de la grande félicité spontanée et de la vacuité.